Dakar-Echo

*Ami, entends-tu ce chœur de pleureuses ?

*Ami, entends-tu ce chœur de pleureuses ?

Vous vous souvenez du poète errant Thierno Seydou Sall ? Un sacré numéro qui savait nous tirer de la grisaille par ses vérités toutes crues !

Un délirant recueil de poèmes intitulé « Kër Dof » (la maison du fou) l’avait fait découvrir au Dakar de la culture. Il y mettait en exergue quelques joyeusetés sur nos dérèglements sociaux et comportementaux. Un joli tableau qui nous avait valu quelques déboires.

Un doyen de la presse, qui s’était senti visé par une de nos bulles irrévérencieuses d’alors commentant justement le recueil « Keur Dof », avait débarqué dans nos locaux pour cribler de balles le bureau de notre Directeur de Publication en son absence. Paix à l’âme du pistolero qui a tiré sa révérence.

Quant au poète errant, il était revenu quelques années plus tard avec un autre opus, «Puukare»,une somme de nos vilaines tares dans une société d’exhibitionnisme et de voyeurisme. Une société, aussi, en délitement moral et intellectuel où l’on fait du «m’as-tu vu » à outrance.

Des pratiques qui ont, hélas, la peau dure et perdurent jusque dans le secteur de la presse. Où on affiche sa puissance et sa richesse sans retenue, histoire de montrer qu’on est un grand groupe qui ne boxe pas dans la catégorie des minus.

Des animateurs souvent sans talent sont recrutés avec de faramineux émoluments qui donnent des complexes aux journalistes. On débauche chez le concurrent en triplant les salaires de ses employés, rien que pour le tuer.

Alors, pourtant que la trésorerie d’une entreprise de presse normale, surtout dans un pays pauvre comme le nôtre, ne permet pas de s’offrir de telles libéralités ou ce genre de surenchères.

On pratique à tout-va le mercato des journalistes et des animateurs. Bref, à voir certaines pratiques en cours dans la presse de ce charmant pays à l’économie au bord de la cessation de paiement, on pourrait penser que le secteur roule sur l’or.

Quand on se trouve choyé par la République qui vous sert sans retenue de la publicité à crever l’écran pendant que d’autres, jugés critiques envers le pouvoir, en sont sevrés, on peut se permettre quelques libéralités en recrutant et débauchant à tour de bras.

*Montrer sa toute-puissance financière*, *sa bonne santé économique et venir ensuite pleurnicher quand le fisc frappe à votre porte*, *avouez que ce n’est pas trop logique*.

Tout cela peut paraitre paradoxal dès lors que c’est nous-mêmes qui remettons à ces fonctionnaires des Impôts le fouet avec lequel ils nous flagellent. La question fiscale a pendant longtemps empesté l’environnement des médias.

Et apparemment, *nous sommes le corps de métier qui a le plus bénéficié d’amnisties fiscales*. Et nous sommes aussi ceux qui pleurnichent le plus et les champions de la mendicité fiscale, des abonnés aux amnisties ou aux effacements de dettes fiscales.

Peut-on crier sur tous les toits sa richesse et venir implorer clémence dès que les agents du fisc se pointent ? Ou se bousculer avec les entreprises de presse pauvres lors de la distribution de l’ « aide » à la presse ?

Faudrait savoir si l’on est riche (auquel cas on devrait renoncer à toute aide !) ou pauvre (et là on est parfaitement fondé à faire le mastata fisabililahi y compris sur le plan fiscal). !

Dans tous les cas, on ne peut pas continuer à faire le «bling-bling », vivre au-dessus de ses moyens et venir ensuite crier au règlement de comptes ou faire dans la victimisation politique. Mendier à n’en plus finir des effacements de dettes fiscales.

En réalité, toutes les entreprises de tous les secteurs d’activités font l’objet aujourd’hui d’un matraquage fiscal.

Pourquoi faut-il donc que seuls les grands groupes de presse crient à la persécution? Il est temps en tout cas que les acteurs de la presse se comportent en majeurs et cessent ce chœur de pleureuses qui n’a que trop duré ! Et qui ne nous honore guère.

Kàccoor bi – le temoin

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