Dakar-Echo

Aliou Cissé, génération Afrique

Aliou Cissé, génération Afrique

Après sa victoire inaugurale face à la Pologne (2-1), le Sénégal affronte le Japon pour s’approcher des huitièmes de finale. Un bon début qui doit beaucoup à Aliou Cissé, l’entraîneur des Lions de la Teranga. Seul sélectionneur noir de la Coupe du monde, le charismatique coach est un technicien exigeant et un véritable meneur d’hommes.

La question est sortie de la bouche d’un confrère anglais, à la veille de l’entrée en lice du Sénégal dans la compétition : « Que représente pour vous le fait d’être le seul sélectionneur noir de la Coupe du monde ? »

Sans sourciller, Aliou Cissé, 42 ans, a planté son regard intense dans celui de son interlocuteur et a fait cette première mise au point : « Ces discussions, ces débats me gênent. Le foot est universel et la couleur de peau a peu d’importance. » Puis l’ancien défenseur et milieu du PSG, de Montpellier et Sedan a glissé un nouveau message : « C’est quand même bien de le constater, ça montre que l’Afrique regorge d’entraîneurs de qualité, une nouvelle génération qui a envie de se faire sa place dans le foot mondial. »

« Ce n’est pas parce que j’ai des dreadlocks… »
L’Afrique est un continent où les « sorciers blancs » venus d’Europe ont souvent tenu les rênes des sélections en Coupe du monde, au détriment des entraîneurs locaux.

C’est le Français Bruno Metsu qui a conduit le Sénégal en quarts de finale du Mondial 2002. Le Cameroun, le Nigeria, le Ghana, quarts de finalistes en 1990, 1994 et 2010, étaient coachés par des Européens. À part le Nigérian Stephen Keshi, huitième de finaliste avec son pays il y a quatre ans, il n’y a pas eu d’entraîneur d’Afrique noire à vraiment se démarquer en Coupe du monde.

Sur le sujet, Aliou Cissé en a remis une couche, le lendemain dans L’Équipe : « Les entraîneurs locaux sont peu respectés en Afrique. Ce n’est pas parce que j’ai des dreadlocks sur la tête que je suis léger. On est capable de réfléchir, de motiver, d’avoir un projet de jeu. »

Eh bien, on n’a pas tardé à s’en rendre compte quand son équipe a maté la Pologne (2-1) à Moscou. Affamés, drôlement bien organisés, les Lions de la Teranga n’ont quasiment rien concédé à l’un des meilleurs attaquants du monde (Lewandowski) et à ses partenaires. Même les flèches de devant (le Rennais Sarr, l’ancien Caennais Niang et Mané) ont défendu comme des dingues, sans pour autant brider leur créativité offensive.

Invaincu en qualification
C’est ça, la patte Aliou Cissé : rigueur, esprit de corps et une détermination bien au-dessus de la moyenne. « C’est exactement ce qu’il nous transmet au quotidien, en plus de son expérience et sa sérénité, relève Kalidou Koulibaly, interrogé après le match sur la question. Depuis qu’il est arrivé en 2015 (aucune défaite en phase de qualification), on forme une famille. Aliou est un patriote, qui vit pour son pays. »

Le défenseur de Naples souligne aussi la justesse des mots de son mentor : « Il nous dit de rester tranquilles, de ne pas se mettre la pression parce que la chose la plus dommageable, dans une Coupe du monde, c’est de ne pas jouer à son niveau et avec la frousse. »

Né au Sénégal, formé en France, à Lille, on verra sans doute Aliou Cissé sur un banc européen dans les années à venir. Peut-être plus rapidement que prévu, si sa sélection bat le Japon aujourd’hui et pousse un peu plus loin la chanson en Russie, comme les grands frères de 2002. À l’époque, leur capitaine n’était pas le plus talentueux, mais c’était un rassembleur convaincu, un leader en mission. Il s’appelait Aliou Cissé.

Arnaud HUCHET

Jean Louis Verdier- Bloggeur- Rédacteur en chef Digital -Paris
E-mail: dakarecho@gmail.com Tél (+00) 33 7 51 10 29 13

Articles similaires

Laisser un commentaire