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Alexandre Benalla et Vincent Crase placés en détention provisoire

Alexandre Benalla et Vincent Crase placés en détention provisoire

L’ancien collaborateur d’Emmanuel Macron a été placé ce mardi en détention provisoire après la révocation de son contrôle judiciaire dans l’affaire de la Contrescarpe. Vincent Crase a lui aussi été écroué.

Une chute vertigineuse. Il y a encore sept mois, tout souriait à Alexandre Benalla. A 27 ans, le natif d’Evreux (Eure) occupait un poste à responsabilité à l’Elysée où il jouissait de la totale confiance du « patron », Emmanuel Macron. Mais depuis les révélations du Monde du 18 juillet sur son implication dans des violences en marge de la manifestation du 1er mai, son histoire s’apparente à un krach.

Les développements sur la face sombre de cet homme de l’ombre, sans doute trop sûr de lui, se sont succédé au fil des mois. Ce mardi soir, la justice a mis un sérieux coup d’arrêt au parcours de l’enfant prodige de la macronie en le plaçant en détention provisoire.

Conformément aux réquisitions du parquet de Paris, les juges ont estimé qu’Alexandre Benalla méritait d’être incarcéré. En cause : la violation de son contrôle judiciaire. Mis en examen en juillet dernier pour « violences en réunion », l’ancien adjoint au chef de cabinet de l’Elysée avait interdiction de rentrer en contact avec son comparse Vincent Crase, un gendarme réserviste, ancien salarié de la République en marche, mis en cause pour les mêmes faits du 1er mai.

Or, le 31 janvier, Mediapart révèle des enregistrements où l’on entend les deux hommes converser. L’entretien a lieu postérieurement à leur mise en examen, au mépris des obligations auxquelles ils sont soumis. Suffisant pour justifier une nouvelle convocation devant les juges ce mardi.

Son avocate va demander sa libération
Après avoir entendu leurs explications, les magistrats instructeurs ont saisi un juge des libertés et de la détention (JLD) pour statuer sur la révocation du contrôle judiciaire. Lequel a, in fine, décidé d’envoyer Alexandre Benalla en détention. La décision est tombée juste avant 21 heures ce mardi soir, dix heures après son arrivée au palais de justice. L’autre mis en cause, Vincent Crase, a lui aussi été placé en détention provisoire un peu plus tard dans la soirée.

Me Jacqueline Laffont, l’avocate d’Alexandre Benalla, ne cachait pas son dépit à la sortie de l’audience, fustigeant une « justice sous pression qui n’est pas une bonne justice ». « On l’incarcère aujourd’hui pour une prétendue concertation qui aurait eu lieu il y a sept mois. Tout cela est ridicule », a lancé l’avocate qui a immédiatement annoncé son intention de déposer un référé-liberté pour tenter d’obtenir au plus vite la libération de son client.

Pour la défense de l’ancien salarié de l’Elysée, la raison même de la révocation de ce contrôle judiciaire pose problème. Me Laffont a rappelé que les conditions dans lesquelles les enregistrements de Mediapart avaient été captés faisaient l’objet d’une enquête préliminaire diligentée par le parquet de Paris. La brigade criminelle est chargée de faire la lumière sur la genèse de ces bandes audio à l’origine indéterminée.

« Il ne peut […] s’agir que de captations illicites réalisées en dehors de tout cadre légal », estime l’avocate dans une plainte déposée le 14 février pour « détention illicite d’appareils ou dispositifs techniques de nature à permettre la réalisation d’interceptions », « atteinte à l’intimité de la vie privée », « atteinte à la représentation de la personne » et « faux ». Les juges ont au contraire considéré qu’il s’agissait d’une preuve suffisante.

Et maintenant le rapport d’enquête du Sénat
Cette décision intervient alors que la commission des lois du Sénat doit rendre son rapport d’enquête ce mercredi. Pendant sept mois, les sages du Palais du Luxembourg ont multiplié les auditions des principaux acteurs de cette saga politico-judiciaire. A l’origine, il s’agissait de débusquer d’éventuelles failles dans l’organisation de la sécurité des hautes personnalités. Mais cette commission d’enquête pourrait également avoir des suites judiciaires.

Selon nos informations confirmant celles de RTL, le rapport préconiserait de transmettre le cas d’Alexandre Benalla à la justice pour faux témoignage. Les rapporteurs estiment que ce dernier a menti sous serment à propos des contrats russes. Interrogé le 21 janvier dernier, il avait assuré n’avoir eu « aucun lien professionnel avec des sociétés de sécurité ou de défense » durant son passage à l’Elysée. Or il apparaît que l’ancien protégé d’Emmanuel Macron est directement intervenu dans la négociation d’un contrat avec un oligarque russe en faveur de la société de son comparse Vincent Crase. Et ce alors qu’il travaillait encore à la présidence.

Une fois que la commission aura formellement adopté son rapport, c’est au bureau du Sénat (composé de 26 membres issus de toutes les formations politiques) qu’il appartiendra de saisir ou non le parquet de Paris. Si tel était le cas, il s’agirait de la cinquième enquête judiciaire visant directement ou indirectement l’ancien salarié de l’Elysée. Vertigineux.

Timothée Boutry (avec Jannick Alimi)

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