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30 ans de hip hop au Sénégal: les artistes réclament une industrie de musiques urbaines

30 ans de hip hop au Sénégal: les artistes réclament une industrie de musiques urbaines

L’année 2018 marque les 30 d’existence du «Hip Hop Galsen». pour marquer l’événement, l’association «Africulturban» a décidé d’organiser une série de manifestations tout au long de l’année.

D’ailleurs, c’est dans ce cadre que s’inscrit la conférence de presse animée hier par les dirigeants de l’association et qui a réuni toute la crème du mouvement hip hop. Au programme, renseigne le coordonnateur général de l’association Amadou Fall BA, il y aura des panels, des expositions et autres concerts.

Le Sénégal va vibrer durant toute l’année 2018 au rythme du hip-hop. Le ton a été donné hier lors de la cérémonie de lancement des 30 ans du mouvement Hip-Hop sénégalais tenue à l’Institut Goethe pris d’assaut par de nombreux rappeurs.

Face à la presse hier, les responsables de l’association «Africulturban», initiateurs de l’événement, ont indiqué que les 30 ans du hip hop seront célébrés jusqu’au 31 décembre 2018 au Sénégal, dans la sous-région et dans le monde entier. Les spectacles seront assurés par plus de 300 groupes. Et plus de 200.000 spectateurs sont attendus durant ces 12 mois de manifestations.

De l’avis de Amadou Fall Ba, coordonnateur général de la célébration des 30 ans de hip hop au Sénégal, le projet est initié par l’association «Africulturban» en partenariat avec beaucoup de structures sénégalaises qui oeuvrent dans le secteur du hip hop et des cultures urbaines dans ce pays.

Le but de l’événement, dit-il, n’est pas seulement de faire une fête. Il s’agira aussi pour les acteurs du mouvement hip hop de se questionner et de voir comment créer une industrie dans le secteur du hip hop. A ce jour, renseigne-t-il, le secteur compte 3.000 groupes de rap. «Mais aujourd’hui parmi les 3.000 groupes de rap, il n’y a même pas une dizaine qui peuvent vivre de leur art», se désole Amadou Fall Ba.

C’est pourquoi, il trouve nécessaire de voir comment corriger ces déséquilibres en réfléchissant sur les causes de cette situation. Ce sera aussi l’occasion, selon Amadou Fall, de rappeler aux gens l’apport du hip hop dans le processus démocratique du pays.

Ce, à travers les contestations, la conscientisation des jeunes, la promotion de l’Etat de droit, de la démocratie et d’une justice sociale et de l’entrepreneuriat. S’agissant de ce dernier point, le coordonnateur général estime que la plupart des gens qui travaillent actuellement dans les médias sont issus du mouvement hip hop. Au programme de cet évènement, informe Amadou Fall Ba, il y aura des expositions, des concerts, des débats, des tournées, des caravanes.

Dans le souci de redonner au rap sénégalais ses lettres de noblesses, les initiateurs prévoient d’organiser une grande nuit de la musique urbaine qui se tiendra à l’Institut français le 10 février prochain. Cette soirée sera animée par les rappeurs comme Matador, Keur-Gui, Niitdoff etc.

Pour ce qui est des expositions, renseigne Amadou Fall Ba, elles se tiendront entre octobre et décembre 2018 à la maison des cultures urbaines de Dakar sous la houlette de Fatou Kanté Senghor comme commissaire de l’exposition. 520 29 10 531 81 15

FOU MALADE : «LE HIP-HOP A FAIT PARTIR DIOUF EN 2000»

«Célébrer 30 ans de hip hop, c’est amener le monde entier à voir que le Sénégal a un patrimoine parce 30 ans de hip hop, c’est un patrimoine. Donc, il est important de le célébrer» a indiqué le rappeur Malal Talla alias «Fou malade». Ce pionnier du mouvement hip hop estime que pendant 30 ans, les acteurs du hip hop sénégalais ont campé sur la dimension sociale, politique et économique. Contrairement à d’autres pays où «le hip hop a été travesti et a fini par disparaitre», le Sénégal n’a pas connu cela.

«De nombreux albums ont pris en compte les besoins des populations en termes de revendications. Au fil des années, les acteurs du hip hop se sont organisés à mettre en place des structures qui forment des jeunes au métier de l’entreprenariat culturel, de la photographie entre autres parce que l’Etat n’en donne pas». Par ailleurs, Fou Malade rappelle que le hip hop a exploré le côté politique en influençant certaines décisions de l’Etat.

«Le hip hop a fait partir Diouf en 2000 parce qu’à l’époque, le PBS et le P-Froiss avaient beaucoup sensibilisé les jeunes pour qu’ils aillent voter. En 2012, il y a eu le mouvement Y en a marre porté par des acteurs du hip hop», indique Fou Malade, membre fondateur dudit mouvement.

Cependant, il s’est gardé de faire une comparaison entre les pionniers et les rappeurs d’aujourd’hui. Pour lui, chaque génération décide de ce que doit être sa musique. «Ce n’est pas à la génération de Awadi de décider de ce que Dip Dound Guiss doit faire. Dip doit faire sa musique et il la fait parfaitement bien», clame Malal Talla qui, toutefois, s’empresse de préciser que le charme du hip hop sénégalais, c’est son aspect politique et social. «Il est important de le garder parce que c’est l’âme de notre hip hop», tranche Fou Malade.

Seydina Omar GUEYE

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
dakarecho@gmail.com – Tél (+00) 33 6 17 86 36 34

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