Dakar-Echo

​Sept places, et quelques tracas

Peugeot_senegalEt puis soudain, j’en ai eu assez de Dakar. Besoin d’air, besoin de bouger. Direction Saint-Louis, au nord, près de la Mauritanie.

Le premier trajet de transport en commun dans un pays inconnu, c’est toujours un moment où l’on se sent terriblement vivant. Où l’on n’a pas le choix de mettre ses peurs dans son sac sur le toit — ou encore, de les confier aux mains d’Allah. C’est le moment où l’on plonge véritablement dans le pays, et dans le voyage.

Rouler avec du soleil dans les yeux et une couche de poussière sur la peau, en faisant une confiance aveugle à un chauffeur qui ne la mérite peut-être pas.

C’est aussi le moment où l’on comprend deux ou trois affaires par rapport aux transports en commun. Par exemple, de ne jamais s’asseoir sur la banquette arrière d’un taxi collectif « sept places ».

Au Sénégal, les déplacements se font surtout dans de vieilles Peugeot 505 qui ont une trentaine d’années et qui comptent deux banquettes arrière en plus des deux places avant. Citation : « La 505 est connue pour être un véhicule fiable — certains exemplaires ont dépassé le million de kilomètres en Afrique. »

C’est Wikipédia qui le dit, mais je n’en doute pas vraiment à regarder le parc automobile de la grouillante gare de Dakar, entre les vendeurs de lunettes de soleil contrefaites et les crieurs de destinations.

Véhicule fiable, peut-être, mais aussi terriblement inconfortable quand tu mesures 6 pi 5 po et que tu hérites de la place numéro 7. Le principe sénégalais est simple : le premier arrivé obtient le siège du copilote (no 1), on remplit ensuite la première banquette, puis celle du fond. L’auto décolle quand c’est complet, ce qui peut vouloir dire plusieurs heures d’attente.

Or, la banquette arrière est passablement surélevée par rapport à celle du centre. Dans mon cas, il manquait au moins 4 pouces de hauteur pour avoir la tête droite et, minimalement, 1 pied de dégagement pour être capable de caser ces jambes-là.

Sauf que le temps de comprendre ça, la voiture roulait déjà. À chaque trou, c’était un coup dans la colonne. Des crampes partout avant même d’avoir fait 10 kilomètres. La mama assise à côté de moi a voulu compatir : « Vous allez voir, ça va être long. » Merci.

Sauf qu’il arrive en voyage des choses merveilleuses, comme un chauffeur qui a oublié de faire le plein avant de partir et qui doit s’arrêter après 30 minutes. Je saute sur l’occasion, m’extrais du véhicule et me déplie, titubant, dans un stationnement gorgé de soleil. Et revoilà la vie. Sentir le sang couler dans ses veines. Fermer les yeux et savourer la délivrance.

Je tente ensuite le grand coup : persuader quelqu’un de changer de place avec moi. Pour ce faire, 5 $ suffiront. Une étudiante d’une vingtaine d’années se laisse convaincre en échange du remboursement de son billet, et me voilà promu de no 7 à no 2. Je jubile. Littéralement. En me disant qu’il faut avoir souffert un peu dans la vie pour l’apprécier vraiment.

Quand la 505 redémarre, je baigne donc dans une douce euphorie avec la tête qui ne cogne plus au plafond et les jambes pliées dans une posture presque humaine. Je perds tout sens critique.

Tout m’apparaît merveilleusement beau : les centaines de baobabs qui surgissent d’un décor désertique et sablonneux, les oliviers qui font de l’ombre aux chèvres, les marchés traversés à toute vitesse, les vaches à cornes qui coupent la route et forcent des coups de volant secs, les vendeuses qui attendent sur des troncs d’arbres que les voitures s’arrêtent pour un ravitaillement express — il y a moyen de faire son marché en mode service à la banquette.

Une clémentine, le basketteur ? Oh oui, mama (maintenant assise derrière moi).

Allo, la route et l’Afrique qui vit et vibre en Peugeot.

Guillaume Bourgault-Côté

Jean Louis Verdier – Rédacteur en Chef Digital – Paris- Dubaï – China
dakarecho@gmail.com – Tél (+00) 33 6 17 86 36 34

Articles similaires

Laisser un commentaire